
Un tour d’Europe pour 370 francs !
J’avais 19 ans… L’été 1973 s’offrait à moi comme une promesse infinie, avec dans la poche, ce précieux sésame de carton qui, pour 370 francs (environ 85 euros), m’ouvrait les portes de l’Europe un mois durant ! Première carte Interrail et premier voyage en autonomie vers l’inconnu et la liberté.
Cap sur la Grèce via l’Italie et la Yougoslavie encore unifiée, avant une escapade jusqu’à Istanbul, première étape de la légendaire « route des Indes » empruntée par toute une génération…
Choléra et train à vapeur…
Souvenirs mêlés d’une vaccination collective contre le choléra sur les quais de la gare de Thessalonique, conséquence de l’épidémie qui sévissait alors en Italie en cette fin d’été 73, ou de ces mitrailleuses installées de chaque côté de la frontière gréco-turque à Pithion, avec obligation de changer de monture et d’emprunter un antédiluvien train à vapeur pour relier l’ancienne Constantinople. Toute une nuit à rouler fenêtres grand ouvertes du fait de la chaleur, et la garantie d’un masque de suie à l’arrivée ! Une douche salvatrice dans un hôtel miteux du côté de la Mosquée Bleue allait réparer tout ça… C’était sans compter sur l’avarice du proprio qui n’avait rien trouvé de mieux que couper l’eau passé 10 heures du matin ! Pas facile de « négocier » à la réception une réouverture éphémère, la tête couverte de shampoing !
Quand le train montait sur le ferry…
Epoque bénie où les réservations n’étaient pas nécessaires. Il suffisait de monter dans un train, de jouer des coudes (un peu…) pour récupérer un siège, caser son sac à dos comme on pouvait et avec de la patience (beaucoup !), je me retrouvais 3 jours plus tard à Hambourg, pour une virée en Scandinavie. Le passage vers Copenhague eut quelque chose de marin, presque suspendu : avec la surprise de voir à Puttgarden, au nord de l’Allemagne, le train embarquer sur un ferry pour rejoindre le Danemark tout proche ! Un pays où les annonces dans la gare de Copenhague se faisaient aussi en français, histoire de rappeler que le prince consort Henrik de Danemark, époux de la reine Margrethe II, était né Henri de Laborde de Monpezat, à Talence, en Gironde…
A la découverte de la Scandinavie…
Ce fut ensuite la Suède, avec ses forêts profondes et ses lacs silencieux. Puis la Finlande, où la lumière semblait différente, presque irréelle, comme si le temps ralentissait et le silence, plus dense encore. A Rovaniemi, je franchis pour la première fois le cercle polaire, sans cérémonie, mais avec la sensation étrange de passer une frontière invisible, comme intérieure… La Norvège enfin, avec ses fjords ressemblant à des entailles majestueuses, paysages irréels où l’eau et la roche semblent dialoguer.
Traffic de revues porno !
Souvenir de ces cornes de rennes achetées à Rovaniemi, qui m’accompagnèrent jusqu’à la fin de mon périple, bien accrochées sur le sac à dos… Le poète avait raison, « On est pas sérieux quand on a dix-sept ans », même avec deux années de plus ! Souvenir aussi de ces douaniers, à la frontière franco-belge, qui me demandèrent si je n’avais pas rapporté dans mes bagages des… « revues porno » ! A chaque époque ses « stupéfiants » !
Se souvenir pour mieux repartir…
Après 4 semaines de voyage, je revins avec le sentiment d’avoir trouvé ma place, quelque part, entre les rails, les rencontres et l’infini des paysages. Je n’étais plus tout à fait le même, après avoir appris à regarder, à écouter et à me perdre pour mieux me retrouver. Le temps a passé mais depuis, chaque fois que j’entends le bruit d’un train, je revois ce gamin de 19 ans, prêt à embrasser le monde et je l’envie…